Marie Claire – Octobre 2000 N° 578

« La Haute Couture prends corps »

A Marseille, Michel Bonzi, Couturier-Designer allie talent de perception, intransigeance sur la qualité, souci perfectionniste du détail, prix et l’œil qui brille de celle qu’il habille.

Dix ans après son premier défilé griffé « Persiste et signe », Michel Bonzi rencontre Lydia Martin en 1998 et animé d’une passion commune pour les belles matières, ils travaillent quelques temps ensemble dans le même esprit d’artisanat haute-Couture. Aujourd’hui, couturier-designer tel qui se définit lui-même, Michel Bonzi exerce les talents d’observation d’un psychologue, l’intransigeance et le travail acharné d’un grand couturier, le souci perfectionniste du détail d’un artisan un peu poète. Prouvant ainsi dans sa boutique, 9 rue Beauvau, comme dans son atelier Haute-Couture en face, que la beauté prend vie partout pourvu qu’un regard et des doigts experts lui donnent corps et la mettent en valeur. Dans sa boutique de prét-à-porter de luxe consacrée à ses propres créations de robes de mariée et de soirée, il définit avant tout une ligne autour du style de la jeune fille mais aussi du type et du lieu de la cérémonie. Puis les créations sont adaptées : de 7 à 20 000F pour une robe de mariée, 8 à 12 000F pour un tailleur. Au 22 rue Beauvau, dans l’ombre d’un petit salon au parfum art déco, il anime son atelier entouré de trois techniciennes du flou, du drapé et du tailleur.

Promues des plus grands ateliers Hautes-Couture, elles font revivre sous sa direction les modèles des défilés avec les tissus, références et indications des maisons les plus renommées. Auprès des archives des patrons de collections signées Emmanuel Ungaro, Chrsitain Dior, Yves Saint Laurent de ces dix dernières années, dans des boites en carton et du papier de soie, il garde précieusement des trésors de tulle brodé de dentelles, incrustés de perles fines et de strass qui laissent muet d’émotion. Ici, Michel Bonzi, tel un metteur en scène et monteur de mode, imagine, coupe, met au point, coud des coutures insoupçonnable, gomme les rondeurs trop épanouies, drape les creux, voile les imperfections et révèle ce charme indicible qui fait la vraie beauté. Ainsi, les broderies de cette robe d’Emmanuel Ungaro pour Madeleine Beton -épouse du créateur d’Orangina- ont elles été découpées et recousues à la main sur un tulle couleur chair invisible : Les motifs parfaitement repositionnés de manière à dissimuler parfaitement les bretelles du soutient-gorge et à lui permettre de porter sans crainte un modèle « impensable » à première vue.

« J’apprécie particulièrement son coup d’œil masculin et sa franchise sans concession, nous confie t-elle, il sait me conseiller et me faire accepter avec une certaine complicité une manière d’être imprévue dans laquelle je me retrouve parfaitement ». Un défilé hors du commun présente ces jours-ci à une cinquantaine de fidèles de la jet-set marseillaise la collection Michel Bonzi conçue à partir de modèles qu’il a lui-même sélectionnés chez Emmanuel Ungaro ou Yves Saint Laurent, Balmain, Christian <Dior : Une vingtaine de silhouettes, robes, manteaux, tailleurs et ensembles parfaitement complémentaires.

Soulignons que seulement trois couturiers en France sont ainsi accrédités auprès de ces maisons et autorisés à reproduire leurs patrons, Michel Bonzi étant le seul dans notre région. Les modèles sont adaptés sur une toile aux mesures et reproduits à la perfection dans le moindre détail aux prix d’une quarantaine d’heures de travail et de trois essayages : soit 18 à 20 000F environ et jusqu’à 40 000F. Irréels ? bien au contraire ! une réalité qui fait travailler un nombre croissant d’artisans en région, consacre Marseille 2ème capitale de la Mode après Paris et incite une nouvelle génération de jeunes issue des lycées Colbert ou de La Calade à suivre l’exemple de Michel Bonzi et de tant d’autres. Alliant la féerie de la Haute-Couture à une rigueur technique intransigeante, ces vêtements ne sont-ils pas pensés avant tout pour être portés ? Fiables en toute occasion, ils sont conçus pour ne jamais décevoir, ni faillir. Ils donnent aux femmes les clés de l’élégance : à elles de faire l’autre moitié du chemin, les porter et leur donner vie.